Ce que le vent murmure

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Entries pour Mot-clé "ombelles"

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L'expérience ...

vendredi 12 septembre 2014, par Maï Phan-van

Le revoici mon grand pied de fenouil, dressé fièrement vers le ciel.
Les brassées cueillies en bordure des chemins et des routes, le long des fossés oubliés par les broyeuses sans pitié, embaument l'atelier d'un enivrant parfum d'épices.
Instinctivement mes doigts cherchent les bâtonnets couleurs curry...
Je souris en écrasant le pigment sur le papier qui le dévore. je repense à ma petite voiture stationnée à l'entrée d'un champ, je me vois, sécateurs en main, penchée, déhanchée, à cheval sur le fossé qui borde un immense champ de luzerne, toute à l'euphorie de ma récolte. Soudain, moteur, un engin géant venu du fond de mon horizon, gueule ouverte il fauche avidement le fourrage vert sombre.
Je continue ma récolte, ignore l'engin reparti déjà à l'autre extrémité de sa moisson.
Je me suis dit qu'il devait me prendre pour une cinglée, le gars costaud dans sa cabine vitrée.
Il est repassé quatre fois.
A son quatrième passage, je revenais à ma voiture, les bras chargés de brassées plus larges et plus hautes que moi, le coffre n'était pas suffisant, j'avais commencé à entreposer ma volumineuse moisson à l'arrière, entre les deux rangées de sièges.
Il a ralenti, il a cherché mon regard à travers les ombelles. J'ai croisé ses yeux, un peu timide, un peu génée de ma lubie peu ordinaire. Alors il m'a adressé un sourire joyeux, il a passé son bras gauche au dehors de sa cabine et le pouce levé victorieusement, m'a gratifiée de son approbation, de son plaisir, de cette sorte de bonheur indicible qu'il y a à partager la vie, à aimer la nature, à l'embrasser, à récolter ce qu'elle nous offre.
Et, ma petite voiture chargée comme un oeuf, je suis rentrée à la maison le coeur joyeux.
Ils sont là mes énormes bouquets, envahissant l'atelier.
C'est ainsi que je peins. Fleurs dans la main, en communion. Plantes vivantes autour de moi. Leur parfum en moi, avec moi. Alors parfois elles entrent dans la toile. fenouil et chicorée

Histoires de portes ...L'infini

mardi 9 septembre 2014, par Maï Phan-van

Le ciel et les nuages voyageurs...
Les carrés potagers, alourdis des aromatiques foisonnants,
coriandre, cerfeuil, hysope, céleri et oseille vivace, aneth,
et le fenouil...
Des brassées odorantes d'anis et de curry, de miel et d'orrigan,
des enlacements de tiges exubérantes,
des entrecroisements d'ombelles de fleurs et de graines.
Et les étoiles bleues de la bourrache, les pétales orangés des soucis, des capucines aussi
Une nuée d'insectes butinants...
l'infini, là, comme une offrande...

Alors me reviennent en mémoire les vers de William Blake :

Si les portes de la perception étaient purifiées,
Toutes les choses apparaîtraient à l'homme telles qu'elles sont, infinies.
Car l'homme s'est enfermé, jusqu'à voir toutes choses
Au travers des étroites fentes de sa caverne.
.....

Voir un monde dans un grain de sable
Et un ciel dans une fleur,
Tenir l'infini dans le creux de la main
Et l'éternité dans une heure.
fenouil dans le vent
"Plus vous pensez, moins vous ressentez, plus vous ressentez moins vous pensez." enseignait Arnaud Desjardin.
Et plus on ressent, plus s'offre à nous la vie dans son infinie diversité, plus elle nous emporte sous son aile vers tous les possibles.

ce matin à l'aube...

dimanche 7 septembre 2014, par Maï Phan-van

les ombelles, encore....
Légères comme un rêve dans les bleus de la nuit qui s'attarde

ombelles pastel7-9-14

Ombelles souvenirs et inspiration...

jeudi 4 septembre 2014, par Maï Phan-van



ombelles carottes sauvages

ombelles carottes sauvages 2

(…) Je me suis plus tard persuadé que les ombellifères figuraient des sortes de sirènes devenues ligneuses, enracinées par un sortilège puissant dans la terre qu’elles chevèlent. Je les ai ensuite souvent retrouvées, au hasard des promenades ou bien au gré de pages lues, de conversations, de poèmes, de peintures, dans la contemplation des verreries de Gallé, de Grüber et de Daum, vases ou vitraux dans l’épaisseur desquels, prisonnières d’une pâte translucide, les couronnes des fleurs paraissent attendre leurs princesses. Et à chacune de ces rencontres, me revenaient le souvenir de cette fugue vespérale lors de ma jeune enfance, de mon soudain arrêt, des fleurs m’entourant comme une délicate garde prétorienne et le sentiment de suspension et de plénitude, de charme et de naturel, de temps exempt de crainte et de douleur qu’avaient suffi à faire éclore les grandes tiges et leurs faîtes, de la fessée aussi, violente, imprévue, qui vint interrompre ma rêverie et des mots qui l’accompagnèrent : « Ça t’apprendra à te cacher dans les ombellifères ! »

Mon petit cul me cuisait, mais j’étais heureux sous les pleurs : ma mère venait de me donner, sans le savoir, le nom de mes merveilles. Depuis, il m’arrive souvent, même dans des situations incongrues, de le dire pour moi seul, ce nom, à voix très basse. Tout me revient alors, l’univers de mes cinq ans et de mes songes, les visages qui en étaient les phares et les voix à peine assourdies par le temps. (…) (Philippe Claudel – Ombellifères – circa 1924 éditeur)

DES TALUS A l'ATELIER

Aériennes ombelles, douces et savantes broderies.

Elles se balancent au vent et au soleil. Leurs longues tiges souples les tiennent sans raideur bien accrochées à leur talus.

Elles n'ont pas les couleurs flamboyantes des rouges coquelicots ni l'or insolent des tournesols, elles ont la subtilité des nuances délicates, elles les portent, leurs fines couleurs, avec grâce et aussi haut que possible, offrant comme des coupes ciselées leurs corymbes de dentelle au ciel qui les regarde.
Ombelles, ombellules, douces fleurs des champs et des talus, libres et sauvages, fidèles sentinelles elles veilleront encore aux premières gelées.



% ombelle aout 1
ombelle aout 2