Ce que le vent murmure

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Parfum de printemps

lundi 7 avril 2014, par Maï Phan-van

Chaque saison a ses couleurs, ses senteurs, ses notes personnelles et sa façon unique de nous rencontrer.
Chez moi, le printemps fait chaque année vibrer la corde juvénile. Celle qui porte l'espérance de tous les possibles et des éternels recommencements. Permanence de ce cycle perpétuel de mort et renaissance. Il m'émeut.
Dans l'émerveillement des couleurs, je renais de mes cendres, le coeur palpitant, l'âme transportée d'allégresse, bercée par les effluves vertes du vent. Un vert doré de scarabée, moiré, fragile et tendre comme un bourgeon miellé, joyeux, insouciant et libre.
Il faut dire qu'ici, l'air embaume et chante comme jamais. Dans sa tiédeur les oiseaux gazouillent et les abeilles bourdonnent.
Elles s'activent, perdent la tête dans ce foisonnement voluptueux, pressées, elles vont joyeusement des fruitiers blancs et roses, aux étendues jaune fluorescent des colzas éclots par larges taches entre garrigues et vignes.
Les pruniers et les cerisiers ont fanés, occupés à défroisser leurs premières feuilles encore poisseuses, ils ont laissé la place d'honneur aux pommiers, poiriers, coignassiers. Les arbres de Judée , les glycines , les iris, les pivoines, les tulipes, les monnaies du pape, les giroflées, les pensées...un festival de joie rayonne des jardins. Les villages sont gais.

cerisier en fleur

cerisier en fleur2
à peine le temps de laisser mes doigts courrir sur une toile prunus rose

un ciel de giboulée, une ondée, une branche de prunier sauvage échappée de la haie

prunus
Le printemps, c'est le don de la joie. L'abondance au coeur de l'essentiel, l'infini au centre du nécessaire.
Tant qu'il restera une âme pour s'émouvoir de lui, pour l'accueillir, le peindre, le chanter, l'honorer, le raconter et que par cette participation," il sera fait sans cesse appel aux puissances supérieures d'amour, de générosité, de force, pour qu'elles s'exercent dans le monde, je vous le promets...ce sera suffisant" ( Clarissa Pinkola Estes dans LE DON DE L'HISTOIRE. Conte de sagesse à propos de Ce qui est suffisant. http://www.parutions.com/pages/1-1-....)

Naïf

mardi 11 mars 2014, par Maï Phan-van

naïf amandiers
Antidote à la morosité, sagesse des coeurs purs, recette de survie, l'art naïf est beaucoup plus complexe qu'il n'y parait.
S'y frotter est un vrai travail de lâcher prise, une école de modestie et d'humilité, mais il a cette vertu dont parle Anna Moï dans "L'écho des rizières".
http://vietnam.aujourdhui.free.fr/l...

Comme la pratique du chant, la pratique du pinceau est un secret de vie. Pratiquer l'oubli des connaissances, trouver en nous la veine du bonheur, oublier nos peurs, nos doutes, nos limites et nos peines, fait de l'art naïf un miracle. Il rend invincible.
Depuis que je sais tenir un crayon, je n'ai plus peur. Rien ne me semble plus impossible, irréalisable, déraisonnable ou stupide. Plonger dans le vide, m'envoler, planer au dessus du monde, enjamber les océans, faire advenir le soleil, la neige ou les étoiles, semer la vie... J'écris, je dessine, je peins. Peu importe la permission. Peu importe le jugement.

Il est là le secret, niché dans cette solitude étrange où s'efface la réalité et ne reste que l'oubli. Le silence, la feuille blanche, le vide...et notre coeur battant. Alors s'ouvrent les portes infinies.

Chaque jour de vent, de pluie, de grisaille et de tristesse froide délavée d'eau sans fin, j'ai tenu mon pinceau, je m'y suis accrochée, je l'ai laissé vagabonder, je l'ai laissé guider ma main, trouver seul son chemin.
Modestement, juste pour oublier, pour dire quelque chose de doux qui console, chasse la tristesse, efface la colère, quelque chose qui s'apparente au bonheur.
J'ai cultivé l'oubli, il a peint le printemps, le soleil, les fleurs, les papillons...
Et il est venu! L'air embaume d'effluves miellées, les abeilles bourdonnent, prunus et amandiers fleurissent, tapis de pâquerettes jonquilles ficaires et violettes ont envahis les prairies. Les oiseaux s'activent à construire leurs nids. Les oies et les canards sauvages descendent vers le sud. Tout chante.
naïf amandiers

Les gens heureux...

mercredi 29 janvier 2014, par Maï Phan-van

"Les gens heureux n'ont pas d'histoire" glosait ce matin sur notre radio nationale, un cinéaste invité à philosopher sur son art et son inspiration.
Pauvre homme, qui se croyant génial, moderne et créatif n'alimentait là qu'un vieux stéréotype fatigué.
Dommage que sévisse encore trop souvent dans nos médias cette intelligentsia amère et usée qui fit son lit, son beurre et sa gloire dans l'apologie masochiste du mal-être, de la névrose et de la souffrance.
On en a marre d'ausculter vainement nos ratures ordinaires, d'étaler nos désespoirs et nos troubles. On s'est lassé de cette complaisance éculée et stérile. On ne se culpabilise plus d'afficher de bons sentiments.
Une grande soif est née de n'être pas assez baignés de joie, de simplicité et de paix. On a envie de contempler du beau, du bon, du vrai. On a envie de vibrer d'amour, d'amitié, de respect, de dignité, de loyauté.
Ne redécouvre-t-on pas avec passion "en terre inconnue" des humains heureux, des hommes et des femmes qui font honneur à la terre et nous rendent meilleurs par le simple fait d'être ce qu'ils sont?
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Rendez...)

"Les gens heureux n'ont rien à raconter" affirmait cet homme convaincu que la douleur est plus esthétique que le bonheur, que le récit des tortures intimes est plus riche à exploiter cinématographiquement que le bonheur dont il laissait supposer qu'il générait une platitude désespérante d'ennui.
Pauvre homme.
Quoi que l'on dise ou que l'on fasse, au bout du compte on ne parle jamais des autres, du monde ou de la vie, on ne parle jamais que de soi-même. Seulement de soi-même. Cet homme démontrait piteusement sa misère, intellectuelle, sensorielle, affective...
J'ai éteint ma radio. Si bien que je ne sais même pas qui était cet inconnu si fortement attaché aux plaies suppurantes du monde et aux cloaques intimes. Je l'ai laissé s'auto satisfaire de son petit enfer personnel.

J'ai savouré mon petit déjeuner, mes tartines à la confiture de figues, en écoutant chanter les mésanges qui dévorent les boules de graisse et de graines que je leur offre sur le balcon, ça n'est pas intellectuel, c'est réel... et c'est joyeux. Il n'y a ni ennui ni lassitude à savouver la vie.
Les gens heureux ont des songes heureux.

On s'ennuie moins d'être heureux qu'on ne se lasse d'être malheureux.
On gagne plus à rayonner du bonheur que de l'amertume.

Le bonheur est créatif et joyeux. Il est communicatif et fertile. Les gens heureux ont tant d'histoires à vivre, à écrire, à conter, à inventer qu'ils n'ont pas le temps de philosopher longuement sur leur inspiration. Et c'est tant mieux.

Ils vivent c'est tout.
Car c'est cela vivre, être vivant c'est être heureux.
Un jour il faut se lancer, oser vivre, oser lâcher ses petites douleurs, laisser partir ses plaies, cesser de s'attacher au malheur. Cultiver la douceur, la tendresse, la gratitude. Ne reste dans nos vies que ce que nous y maintenons.

"Des songes heureux pour ensemencer les siècles...
Sachez que la Création ne nous appartient pas, mais que nous sommes ses enfants.
Gardez-vous de toute arrogance car les arbres et toutes les créatures sont également enfants de la Création.
Vivez avec légèreté sans jamais outrager l’eau, le souffle ou la lumière.
Et si vous prélevez de la vie pour votre vie, ayez de la gratitude.
Lorsque vous immolez un animal, sachez que c’est la vie qui se donne à la vie et que rien ne soit dilapidé de ce don.
Sachez établir la mesure de toute chose.
Ne faites point de bruit inutile, ne tuez pas sans nécessité ou par divertissement.
Sachez que les arbres et le vent se délectent de la mélodie qu’ensemble ils enfantent, et l’oiseau, porté par le souffle, est un messager du ciel autant que la terre.
Soyez très éveillés lorsque le soleil illumine vos sentiers et lorsque la nuit vous rassemble, ayez confiance en elle, car si vous n’avez ni haine ni ennemi, elle vous conduira sans dommage, sur ses pirogues de silence, jusqu’aux rives de l’aurore.
Que le temps et l’âge ne vous accablent pas, car ils vous préparent à d’autres naissances, et dans vos jours amoindris, si votre vie fut juste, il naîtra de nouveaux songes heureux, pour ensemencer les siècles."

Pierre Rabhi, Extrait du Recours à la Terre, Terre du ciel, 1995

http://www.pierrerabhi.org/blog/?st...

si vous avez un compte facebook vous pouvez consulter la page Pierre Rabhi.

Dans le tourbillon de la rentrée.

mercredi 11 septembre 2013, par Maï Phan-van

Dans les derniers jours de l'été qui sentent déjà l'automne, prise dans les agitations de la reprise des activités quotidiennes, c'est une grosse crise de procrastination qui est venue s'emparer de moi.
Quitter mon hameau de montagne et la vie sobre qu'on y mène pour retrouver le brouhaha de la ville, ses bousculades, ses embouteillages, ses hypermarchés...
Même si j'y prolonge le choix d'une modération heureuse, me voilà happée par le retour rugueux de l'ordinaire.
A l'instar de ce petit conte moderne dont tous les coachs en développement personnel sont friands, et que l'on divulgue en ce moment un peu partout, du supplément fémina du quotidien local au mini bulletin de mon supermarché, je m'applique à choisir mes gros cailloux.
Vous savez, poser en premier ses plus gros cailloux pour remplir le bocal, avant d'y placer les moyens, puis les petits, puis le gravier, puis le sable...par souci d'efficacité, pour que TOUT rentre dans le bocal
Mais voilà, que je ne sais plus quels sont mes gros cailloux.
Entre le remplissage du frigidaire, les lessives et le repassage, la chasse aux araignées qui ont pris leurs aises, tous les projets frappent au carreau. Voilà le champ de l'infini qui s'ouvre devant la porte, et les désirs par milliers souriants comme des fleurs à cueillir par brassées entières. Et je n'ai que mes deux bras...
Comment faire entrer dans le concret tout ce que j'ai reçu, élaboré, mûri, engrangé, éprouvé, de ce temps passé à l'abri des grouillements citadins? Par quoi commencer? Par quel bout dévider le fil? Quelle forme choisir?

Procrastination. Je remets tout à demain, à après demain, à la semaine prochaine, ...à l'année prochaine,...à ma prochaine vie...
Procrastination. Je tourne en rond dans la maison comme une malheureuse. J'erre indécise et sans énergie.
Hésitations. Sentiment d'inutile. Mélancolie.

Je regarde les hirondelles se regroupant en escadrons sur les fils. Minuscules, fragiles, coiffées de leur masque rouge elles tendent à tour de rôle une aile puis l'autre. Exercice de préparation au long voyage migratoire qui approche. Elles se foutent des cailloux, elles s'en moquent royalement, des gros autant que des petits. Elles suivent leur instinct. Leurs petites têtes noires dodelinent dans le vent. Doucement.
Le voilà qui me retrouve, le vent, le vent d'ici, et qui murmure à mon coeur un instant égaré, tout importe à l'Univers, sans distinction d'ordre ni de classe ni de valeur. Peu importe ce que tu introduis dans la vie, sable ou rocher, peu importe la quantité que tu peux donner, seule compte la qualité de joie que tu y déposes .
Alors j'ai pris ces quelques grains de sable,et dans le tourbillon de la rentrée je les ai lancés ici, joyeusement, ils ont tracé ces quelques mots dans le vent de la toile.