L'infini désir de se sentir vivant.
Ce quelque chose d'insensé qui jaillit du profond de nous même, nous pousse à lancer notre cri dans la cacophonie du monde, à jouer des coudes dans la cohue humaine, à placer notre pied dans le piétinement des hommes...
Puissance du désir. Appel de la vie. Faim d'exister.
Dans l'immense soif d'être on lutte pour creuser sa place au soleil, on bataille pour défendre ses idées, on se démène, on cri on pleure on gesticule, on se jette à corps perdu sans savoir qu'à ce combat là on se perd plus souvent que l'on ne se trouve.
On souffre.
On trouve la vie injuste, difficile, rude et cruelle.
Vertiges amers et âpreté des déceptions...

Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage. " conseillait sagement Henri Michaux
Vertu du silence. Eloge de la lenteur. Baigner, macérer, décanter...

Alors dans l'idée que l'on se fait de soi-même on inclue peu à peu sa misère.
Il faut de l'audace et du courage pour accepter de se voir sous toutes ses coutures, à l'envers comme à l'endroit, sens dessus dessous.Il faut de l'audace et du courage pour s'assumer entier, ombre et lumière, force et misère.
Alors commence le grand nettoyage. Tombent les images, les masques, les croyances reçues apprises et engrangées...
Alors se découvre au delà de notre domestication sociale quelque chose de nous que nous savons vivant.
Alors nous discernons le cri de notre coeur, nous reconnaîssons nos valeurs profondes, nous savons qui nous avons envie de faire de nous-même et vers quoi nous voulons nous diriger.
Et peu nous importe le regard du monde.

" J'ai proféré, au lieu du cri de mon coeur, les phrases apprises ; au lieu des convictions jaillies et vivantes, les conventions mortes. Il suffisait d'un geste de pitié et de réconfort, j'ai préféré avoir raison. Il fallait compatir et deviner, j'ai argumenté. Le point où la tradition et la discipline tombent en caducité, où l'on doit se lancer, ainsi qu'un oiseau ivre, dans l'avenir, je ne l'ai pas reconnu au passage. Voilà mon crime à moi, et le plus grand ; car tout se pardonne, sauf l'absence de folie. "

(Alexandre Arnoux, Carnet de route du Juif Errant)