Ce que le vent murmure

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Entries pour Mot-clé "femme"

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Violence conjugale, l'affaire Jacqueline Sauvage....ou l'affaire de milliers de couples en souffrance?

vendredi 30 décembre 2016, par Maï Phan-van

"François Hollande a accordé, mercredi 28 décembre, la grâce présidentielle à Jacqueline Sauvage, 69 ans, condamnée à dix ans de prison ferme pour le meurtre de son mari violent. Pour mieux comprendre les motivations de cette mesure exceptionnelle, retour sur l’évolution de l’affaire...".
"L’association Osez le féminisme a salué mercredi « le fruit de l’union de toutes les associations féministes et, plus largement, de la mobilisation massive qui a eu lieu », et Les effronté-e-s ont estimé que « la société française doit à présent, elle aussi, faire son examen de conscience : comment les coups de cet homme ont-ils pu envoyer trois fois cette femme aux urgences, sans que personne ne s’en émeuve ? Pourquoi 85 % des femmes battues jugent-elles inutile de porter plainte en France, et s’en abstiennent ? »% En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/artic...


S'interroger....sur le silence et la discrétion.

Dégringoler. Acte 3

dimanche 8 décembre 2013, par Maï Phan-van

Les années de guerre allaient réorganiser dans la douleur le tissus social que la longue crise avait déjà profondément bouleversé.
Dans les deux maisons presque voisines, on vivait désormais une vie sans faste. Il n'y avait plus de domestiques. Charles avait trouvé du travail dans une banque. Jeanne avait retrouvé ses habitudes paysannes. La grande ferme de ses parents était une bénédiction. On y produisait tout.
Légumes, lapins et volailles firent leur apparition dans les jardins. Les mains habiles de Jeanne filaient et tricotaient. Elles faisaient des merveilles. Les pulls usagés étaient détricotés, la laine défrisée remise en pelote se recyclait avec des aiguilles fines ou combinée à une autre. Celles de Mathilde aussi, lorsqu'elles étaient disponibles, entre les consultations des services neurologique et orthopédiques les plus réputés, les séances de rééducation, et les visites médicales. Adèle fut appareillée, chaussée, corsetée.
Mathilde, usée par les trajets en trains, portant sa fille à bras le corps de gare en gare, dans les circuits improbables que la guerre imposait aux voyageurs, Mathilde trouvait le temps de coudre. Draps, cols et poignets de chemises usagés étaient retournés pour en doubler la vie. Ils finissaient ensuite en torchons, pochettes, cache-bouillottes, vêtements de poupées.
Du soir au matin ces femmes cousaient l'amour au creux de leurs ouvrages, elles en ensemençaient les jardins, le mettaient en bocal pour les jours de disette. Elles ne gémirent ni ne se plaignirent.
Denise passa son certificat de fin d'études primaires. Le mot fin signa pour elle la libération d'une corvée détestable.
Lorsque sonnèrent dans tous les clochers de France les carillons de la libération, elle avait dix sept ans, elle rêvait d'amour, d'un prince charmant, apparu de nulle part, qui lui rendrait, en mieux, le paradis perdu.

Fille de Mathilde

mercredi 4 décembre 2013, par Maï Phan-van

Elle est née fille de Mathilde et Félix, Denise. Au coeur des années folles, dans l'euphorie de l'insouciance et l' exhubérence des libertés retrouvées.
Mathilde était la seconde fille de Jeanne, fille unique de riches agriculteurs-meuniers du midi toulousain, travailleurs, pieux et économes. Au sortir de la pension, Jeanne avait épousé avec bonheur Armand, de dix huits ans son aîné. Bel homme, Armand était l'Octave Mouret de la grande ville rose, la coqueluche des dames qui découvraient l'infini plaisir des grands magasins de nouveautés. Jeanne n'était pas vraiment jolie, mais elle était jeune, souple comme un roseau, vive et spontanée comme un faon. Armand avait vécu sa jeunesse, travailleur, sérieux, il désirait fonder famille et cherchait une épouse sage et solide. Le mariage fut arrangé. On les fit habilement se rencontrer. Jeanne rougissante fut émue d'Armand et celui-ci la séduisit avec intelligence. Elle en tomba éperdument amoureuse.
Jeanne donna naissance à deux filles. Armand se révéla un père admirable, aussi attentif à ses filles qu'il l'était avec son épouse. Les levant, les habillant, les conduisant à l'école, déjeunant avec elles pendant que Jeanne créatrice éperdue s'adonnait à ses travaux de couture, terminait ses boutures et ses rempotages dans la serre qu'Armand venait de lui offrir.
Aussi sage que sa mère, la beauté en plus, Marianne l'aînée se maria vite. Mathilde était moins jolie que sa soeur, mais elle avait pour elle une fantaisie et un dynamisme rares. Elle était libre d'elle-même, sportive, enjouée, un brin délurée. En ce début des années folles, elle avait jeté au feu ses cheveux, s'habillait en garçonne, pédalait gaiement sur sa bicyclette mauve dans la campagne proche, jouait les cavaliers au cours de danse, et les pages aux bals masqués...on la voulait, on l'invitait partout.
Mathilde n'aima qu'un seul homme, son père. Vielle dame, elle en parlait encore comme du prince de sa vie.
Une fin de février glaciale emporta Armand. Jeanne veuve garda près d'elle sa fille.

Nul ne sut pourquoi Mathilde épousa Félix, un garçon timide, fade et gentil, qui habitait la même avenue qu'elle. Peut être parce qu'avec son père la joie l'avait quittée ce même soir de février. Parce qu'il fallait un homme près de ces deux femmes qui venaient de perdre le leur.
Félix était l'unique héritier d'une famille de délaineurs Mazamétains. Charles, son père, avant de se résigner à gérer la mégisserie familiale qui appartenait à sa femme Hortense et le dégouttait un peu, avait exercé ses talents d'administrateur colonial en Afrique. Seul. Son épouse ayant refusé de l'y accompagner. Elle lui avait arraché cet enfant, par surprise, par séduction, un soir tiède de juin dans les bosquets embaumés d'effluves sensuelles et enchantés d'insectes bourdonnants. Hortense était folle de cet unique enfant qu'elle avait couvé, sans l'entrave du père, de toutes les attentions possibles. Elle en avait fait un homme pâle et frileux dont la douceur molle contrastait médiocrement avec le port altier du père, le front haut, l'acier lavé des yeux et la moustache arrogante.
En dot, afin de subvenir aux besoins de la famille qu'il fondait en épousant Mathilde, Félix reçut de ses généreux parents les clés neuves d'une belle et moderne biscuiterie industrielle.
Mathilde n'aima jamais sa belle-mère. Elle la trouvait sotte et mièvre, elle détestait sa sensiblerie. Ridicule au piano, consternante dans la Delahaye, grotesque avec ses appareils photos et son laboratoire à les développer.
Curieusement, Mathilde et Armand ne construisirent jamais de nid. Mathilde resta chez sa mère. Le jeune couple n'eut pour intimité qu'une aile de la maison où l'on trouvait un petit salon, une belle chambre, un salle de bain et une grande penderie.
Le décès d'Armand avait retiré à Mathilde toute sa fraîcheur, on eut dit qu'en se mariant elle avait plongé sans imagination dans un rôle archaïque qui n'était pas taillé pour elle. Désormais elle s'habillait avec l'élégance raisonnable des femmes de son milieu, elle avait endossé avec le deuil de son père son rôle de femme responsable.
Et Denise vint au monde.

Une femme

vendredi 8 novembre 2013, par Maï Phan-van

J'aurais pu me réjouir. Cela aurait pu être doux.
Je me serais écriée gaiement oh quelle bonne surprise! J'aurais descendu l'escalier en vitesse, Je l'aurais embrassée joyeuse qu'elle nous fasse la douce attention d'une visite impromptue. Elle aurait rit peut-être. Et moi aussi. Elle aurait expliqué, comment se trouvant dans le coin, elle s'était risquée à un détour, comment elle avait égaré le numéro de téléphone ou écouté l'élan,en elle, de passer faire un coucou affectueux.
Elle aurait alors, en habile magicienne, fait apparaître un bouquet de fleur, une bêtise enveloppée de papier colorée, un gâteau maison noué dans un torchon taillé dans un vieux drap de lin et chiffré dans l'angle gauche au point de croix rouge, une douceur régionale ou un ballotin de chocolats joliment enrubanné que j'aurais reçu avec simplicité.
Nous nous serions senties proches, unies par la complicité des mères et des filles quand elles sont devenues les meilleures amies au monde, après qu'elles aient appris chacune à faire de l'autre une femme.
Je lui aurais dit je pars chercher la puce et je reviens, en grimpant dans ma voiture, je lui aurais rapidement expliqué le rendez vous à mi-chemin sur l'autoroute. Parce que si elle était venue comme ça, me surprendre, c'est que je n'aurais pas eu l'occasion de lui raconter l'organisation des vacances.
Je l'aurais tranquillement laissée s'installer en bonne compagnie, le coeur serein de la savoir chez moi. Elle aurait fait le tour des lieux avec mon mari. Il aurait pris plaisir à lui faire découvrir notre nouvelle maison, elle aurait été heureuse pour nous que nous y soyions bien. Elle aurait mesuré combien nous avions travaillé depuis le déménagement, rangé, décoré, aménagé. On aurait eu envie de lui raconter nos exploits. Pas pu résister à décrire les enduits, le ponçage, la chaux colorée, le nettoyage des poutres, le décapage et le huilage des parquets. Elle aurait dit, admirative, oh la la vous êtes fous. On aurait été fiers comme des gamins. On se serait sentis courageux, heureux d'avoir encore tant d'énergie dans nos bras et des projets pleins nos besaces.
J'aurais roulé paisible, rassurée que mon mari ne soit pas seul à ruminer ses craintes et son désarroi. Sur la route j'aurais pensé au dîner du soir, inventorié le contenu du frigo, ses possibilités, pour mitonner un repas gourmand à mon retour, noté qu'il faudrait penser à faire une halte à la boulangerie du village pour acheter du pain.
J'aurais eu plaisir, sur le chemin du retour, de pouvoir annoncer à ma petite-fille la présence inattendue de son arrière-grand-mère.
Toutes deux, nous aurions fait des projets. Composé le menu du soir, à sept ans elle adore cuisiner. Du canard? non pas de canard. De la saucisse grillée ? C'est le pays de la saucisse ici. Oh oui! se serait-elle écriée, génial, de la saucisse de foie gras! C'est ainsi que depuis qu'elle en a goûté elle appelle la saucisse de foie dont je fais provision en Ariège. Oh My God! c'est sa nouvelle expression, ça va être trop bon! Elle aurait aimé prévoir au dessert son gâteau magique au chocolat ou sa salade de fruits sublime, rien n'est trop pour une arrière grand-mère.
Elle se serait réjouie de pouvoir lui dévoiler ses prouesse en lecture. Elle aurait projeté de lui faire un dessin signé. Et nous aurions devisé de tout cela en roulant. Et nous aurions avalé les kilomètres en discutant comme une poignée de cacahuètes à l'apéritif.
Et cela aurait été doux.