Mon atelier se meuble de neuf avec ces grands carrés qui viennent rhabiller les murs.
l'atelier rhabillé
Je regarde mes enfants nouveaux nés...
D'où viennent ces images, existaient-elles quelque part dans l'invisible avant que je ne les capte et leur serve de pont vers le monde visible?
Sont-elles la mise en forme figée par le pinceau de mon chemin intérieur? J'ai si souvent fait dessiner les enfants pour les aider à se comprendre, tant essayé de soulager peines et conflits avec crayons, encres, gouache et collages...

Couches superposées ou effacées, voiles et glacis, rideaux de brume comme une métaphore des processus qui façonnent notre identité.Ce que nous percevons du monde et ce que nous n'en voyons pas. Ce qui demeure en nous et ce qui nous échappe. Conscient et inconscient.
Que dis-je de moi dans ce travail là. Je pose des couches, je lave, j'efface, je recommence, je gratte, je griffe, j'arrache, je recouvre...je ne "sais" pas ce que je fais, je ne pense pas, je laisse agir mes mains , mon corps. Il va vers où il veut aller, lui seul sait le chemin... Le corps physique et ses marottes, la part visible, image de nos évitemments volontaires et involontaires. Attitudes qui façonnent notre être au monde et notre regard sur lui.
Voiler et dévoiler, cacher et montrer, obturer pour donner à voir, mettre en lumière pour dissimuler...n'est-ce pas ce qui se fait là dans ce labeur que mes mains inventent.

Je me suis déjà fait cette réflexion en travaillant la laque. On ne peut rien dissimuler dans le travail de la laque. Ou si mal. En ponçant la quinzième couche de laque voilà que soudain réapparaît la mémoire du pigment de la première, l'impatience de la préparation du support, le geste maladroit qu'on avait éffacé... Ce qu'il en reste, digéré et transformé par tout le travail des superpositions des couches, des ponçages répétés. Tout s'y lit, les erreurs, les impatiences, les trops et les pas assez, l'application, la patience...C'est bien un travail de psychanalyste ce ponçage patient des couches accumulées au fil du temps, avec un abrasif de plus en plus subtil...
Et la merveille parfois de voir soudain apparaître l'inattendu. Le miracle de l'invisible devenant visible.

Un clin d'oeil de l'absolu...

Mes toiles, mes enfants images, êtres vivants m'appelant sans cesse à revenir à l'ouvrage.