Un conteur est un passeur d'histoire.
Ecrire c'est d'abord tendre l'oreille au murmure du vent. Attendre, se rendre disponible, écouter, recevoir, recueillir, et puis restituer.
Ce n'est pas le scribe qui invente le récit, c'est l'histoire qui vient s'installer dans un espace particulier entre coeur et intelligence. Une matrice étrange dans laquelle elle se constitue. Le conteur tire lentement le fil, le déroule au rythme des respirations de l'histoire elle-même.
Parfois il arrive qu'elle se tarisse, ou qu'elle paresse, qu'elle demande un peu de temps encore, pour grandir autrement. Alors il faut savoir se taire, ne pas la devancer, respecter doucement son désir. Elle pousse, en silence, comme une graine en terre, comme l'herbe des prés. Il ne faut pas tirer sur l'herbe pour la faire pousser. Il ne faut pas s'acharner sur une histoire pour la faire advenir, sous peine d'en rompre horriblement le fil.
La vie est ainsi faite qu'on ne peut pas toujours se rendre disponible aux murmures invisibles. Vide et ouvert comme une page blanche sur laquelle résonne le monde.
C'est le sort des histoires. Elles attendent leur heure, leur temps , leur moment. Si elles nous savent fidèles, elles nous suivent et reviennent, elles remontent à l'heure de la marée, après l'étal, au large, de nos brouhahas familiers. Alors nos filets se remplissent des trésors espérés.

Donner alors est une grâce inouïe. Une prière immense. Une offrande céleste à l'univers qui nous berce. Enfanter une farandole de mots, de sons, qui dessinent des images, portent nos sensations, nos rires et nos larmes, nos rêves et nos désirs...L'histoire à cueilli en notre âme un vêtement de chair, elle volera au son de notre voix, elle ensemencera le monde et nous lui auront servi de chrysalide.