Ce que le vent murmure

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Entries pour Mot-clé "désir"

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le désir et le malentendu

lundi 18 novembre 2013, par Maï Phan-van

" Il est aisé de me tromper ; je ne sais pas me défier d’une action que je ne voudrais pas faire moi-même. — (Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne, 1833, acte I, scène 4)"

Léon et Denise avaient jeté le trouble en mon coeur. Quelque chose était resté dans leur sillage, qui n'avait rien de joyeux, de paisible ou d'harmonieux. Un indéterminable relent amer, une insaisissable odeur nauséabonde, une invisible dosette de poison.
Que s'était-il donc joué entre nous, en quelques minutes, dans la musique des cigales, au milieu de la cour écrasée de soleil.
Les trajets solitaires, en voiture, sont propices à la réflexion. J'avais deux bonnes heures devant moi pour éclaircir les émotions confuses qui s'étaient assises à la place du mort, sur mes genoux et la banquette arrière.
Au sortir du portail, la décapotable a lentement repris sa route vers l'Ouest, mon petit Bmax a filé en sens inverse, plein Est, pour rejoindre l'autoroute au plus vite.

Ne nous laissons pas aller à la réaction immédiate, au réflexe conditionné trop rarement sage, disais-je à mes interrogations qui le disputaient à la tristesse et au consternement.
Echange. Quel étrange échange entre eux et moi, entre eux et ma vie.
Pouvait-on appeler cela échange? Quelques mots, des regards, des esquives. Et sous le polissage des conventions bourgeoises, des tensions, des haines, des rancoeurs, des défis, des certitudes, des conteneurs de non-dits.
C'était cela, une part de cette benne invisible. Ils l'avaient déposée de force sous les branches du cèdre, à l'entrée de la maison.
Qu'avaient-ils emporté en échange? Comment avaient-ils reçus notre empêchement, cette précipitation, ma surprise et cette maudite candeur maladive dont je ne guérirais jamais, qui me rend poreuse à toutes les douleurs et sensible à tous les abus...
Qu'en avaient-ils compris? Qu'allaient-ils en faire?%%

Un échange est un acte passé entre deux parties, des relations entre des personnes physiques ou des organisations sociales. Il est positif si les deux parties y trouvent un avantage, neutre si cela ne change rien pour les deux parties, et négatif s'il est désavantageux pour les deux parties. Il sera déséquilibré si les deux parties n'y ont pas le même avantage. En économie, commerce de biens, de services, de capitaux, on parle de valeur d'échange, c'est un mode de circulation de biens et de services impliquant une évaluation, une négociation pour aboutir à un accord de deux volontés sur le transfert entre les parties.

En sciences humaines, ce qui nous concerne pour l'heure, la notion d'échange fait référence au don et au contre-don, mais aussi et surtout à la réciprocité.
L'anthropologie nous apprend que dans les sociétés primitives, l'échange était considéré comme une garantie de paix entre les tribus. L' initiateur de l'échange, appelé donneur, donne quelque chose d'une certaine valeur (objet, aliments, aide…) La personne sollicitée, appelée receveur se doit d'accepter. Si elle n'accepte pas, cela signifie qu'elle refuse le rapport social. Le receveur doit rendre un élément d'une autre valeur, de préférence supérieure, et pas immédiatement. S'il rend immédiatement, c'est qu'il refuse le rapport social.

Don, contre-don et réciprocité? Garantie de paix? Il y avait déséquilibre dans cet étrange échange là.
Un don ? Le défi de Léon? , sa misérable petite arrogance d'écolier conquérant. Un don ? la moue dégoûtée de Denise, sa distance dédaigneuse ?
Mécanismes de défenses, derrière lesquels, professionnel des relations humaines ou néophyte, décelle vite le malaise, le désir et le malentendu.
C'était bien là le drame de ce couple infernal, enfermé dans la certitude des droits que l'on s'arroge, vitrifiés dans les non-dits vernis d'une éducation obsolète. Droits et devoirs, autorité et soumission s'y substituant à l'amour, au respect, à la considération et à la tendresse.
Noyau des drames et tragédies familiales, source de tous les abus et tous les désespoirs : le désir et le malentendu.
Le cancer qui rongeait le quotidien de Léon et Denise.

Avec la peur pour compagne

vendredi 13 septembre 2013, par Maï Phan-van

Il était, il y a trois jours chez mes amis, question de la peur, "Grand mal du siècle à combattre".
Il y avait les combatifs, partisans de la guerre ouverte et des combats vigoureux, il y avait les pessimistes rendant les armes avant d'y avoir touché, les désolés priant le ciel, puis plus rares, les vieux roublards, les renards de la vie. Ceux là prônaient la négociation, ou la feinte, nommer, mettre un visage et ruser.
Et il avait moi, ardente apôtre du sens, avocate inlassable de la compréhension de la vie dans tous ses mécanismes les plus fins.

Rien n'y pousse sans raison.
Rien n'y demeure sans but.

Alors pourquoi la peur?
Se pourrait-il qu'elle soit là pour nous plutôt que contre nous?
Pouvons nous accepter cette idée là. Et à partir de là considérer que ce n'est plus la peur qui nous possède mais bien nous qui la possédons, précieux mécanisme à notre service.

Bénies soient nos peurs, car derrière chacune d'elles il y a un désir non reconnu qui réclame un peu d'attention. La peur c'est le doigt qui pointe un désir.

Malheureux est-il l'imbécile qui fixe le doigt pointé et le prend pour une menace, que ne regarde-t-il vers où pointe le doigt généreux, il y verrait une part de lui même en germe, une graine délaissée ou ignorée qui souffre en silence et se meurt d'inattention.
"Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt" Confucius fr.wikipedia.org/wiki/Confucius‎

La maladie des hommes c'est cette sottise, cet arrêt sur image. Car alors, avec la peur pour compagne, on se rigidifie, on se rétrécie, on se recroqueville.

Vaincre la peur? Partir en guerre contre nous même? Quel dommage.
Mieux vaut plutôt que d'en faire un monstre terrifiant, regarder dans la même direction qu'elle, porter notre attention à la graine de désir qui attend, s'en occuper avec soin, la faire grandir...nous découvrirons alors que ce que nous avions appelé peur n'était que les appels et les larmes d'une part de nous qui désirait notre accord et notre participation pour croître.
Alors avec la peur comme guide on visite toutes les contrées secrètes, on dépasse toutes les limites, on s'élargit sans fin.

Je vous souhaite de vous amuser joyeusement au jeu de la découverte de soi, quelles facettes ignorées ou délaissées de vous gémissent derrière chacune de vos peurs habituelles?
Prenez en soin et remerciez vos peurs. Grâce à elles vous aurez découvert la personne passionnante que vous êtes.

Remerciez vos peurs, offrez leur votre gratitude, grâce à elles vous allez grandir et vous défaire de beaucoup de carcans.

Craignez de ne plus avoir peur de rien car biens pauvres seront devenus vos désirs...et bien racorni serez vous... Belles et bonnes peurs à vous tous
www.cles.com/debats-entretiens/arti...

Dans le tourbillon de la rentrée.

mercredi 11 septembre 2013, par Maï Phan-van

Dans les derniers jours de l'été qui sentent déjà l'automne, prise dans les agitations de la reprise des activités quotidiennes, c'est une grosse crise de procrastination qui est venue s'emparer de moi.
Quitter mon hameau de montagne et la vie sobre qu'on y mène pour retrouver le brouhaha de la ville, ses bousculades, ses embouteillages, ses hypermarchés...
Même si j'y prolonge le choix d'une modération heureuse, me voilà happée par le retour rugueux de l'ordinaire.
A l'instar de ce petit conte moderne dont tous les coachs en développement personnel sont friands, et que l'on divulgue en ce moment un peu partout, du supplément fémina du quotidien local au mini bulletin de mon supermarché, je m'applique à choisir mes gros cailloux.
Vous savez, poser en premier ses plus gros cailloux pour remplir le bocal, avant d'y placer les moyens, puis les petits, puis le gravier, puis le sable...par souci d'efficacité, pour que TOUT rentre dans le bocal
Mais voilà, que je ne sais plus quels sont mes gros cailloux.
Entre le remplissage du frigidaire, les lessives et le repassage, la chasse aux araignées qui ont pris leurs aises, tous les projets frappent au carreau. Voilà le champ de l'infini qui s'ouvre devant la porte, et les désirs par milliers souriants comme des fleurs à cueillir par brassées entières. Et je n'ai que mes deux bras...
Comment faire entrer dans le concret tout ce que j'ai reçu, élaboré, mûri, engrangé, éprouvé, de ce temps passé à l'abri des grouillements citadins? Par quoi commencer? Par quel bout dévider le fil? Quelle forme choisir?

Procrastination. Je remets tout à demain, à après demain, à la semaine prochaine, ...à l'année prochaine,...à ma prochaine vie...
Procrastination. Je tourne en rond dans la maison comme une malheureuse. J'erre indécise et sans énergie.
Hésitations. Sentiment d'inutile. Mélancolie.

Je regarde les hirondelles se regroupant en escadrons sur les fils. Minuscules, fragiles, coiffées de leur masque rouge elles tendent à tour de rôle une aile puis l'autre. Exercice de préparation au long voyage migratoire qui approche. Elles se foutent des cailloux, elles s'en moquent royalement, des gros autant que des petits. Elles suivent leur instinct. Leurs petites têtes noires dodelinent dans le vent. Doucement.
Le voilà qui me retrouve, le vent, le vent d'ici, et qui murmure à mon coeur un instant égaré, tout importe à l'Univers, sans distinction d'ordre ni de classe ni de valeur. Peu importe ce que tu introduis dans la vie, sable ou rocher, peu importe la quantité que tu peux donner, seule compte la qualité de joie que tu y déposes .
Alors j'ai pris ces quelques grains de sable,et dans le tourbillon de la rentrée je les ai lancés ici, joyeusement, ils ont tracé ces quelques mots dans le vent de la toile.