Elle fait partie de mes douceurs préférées, la confiture de figue.
Pas celle des supermarchés, ni celle des étals artisanaux des néoruraux qui font vivre et revivre les marchés de nos bourgs et villages tant prisés des anglais.

La confiture de figue maison, telle que de mère en fille on la prépare depuis des générations voilà ma madeleine.
Quel bonheur ce petit fruit fragile à l'indescriptible parfum sucré à la fois vert et boisé, intense et pourtant insaisissable, parfois presque onctueux et enveloppant dans la chaleur des après midis et le bourdonnement des guêpes.
Aux belles chaleurs de septembre, avant l'octobre studieux qui venait, en même temps que mûrissaient enfin les grappes convoitées de muscat et de chasselas de Moissac, arrivait le temps béni des figues.
On les mangeait en entrée, fraîches, gorgées de soleil, cueillies juste avant de passer à table pour aiguiser les appétits. Tenues par la queue, renversées et fendues en quatre, chaque quartier délicatement détaché de sa peau était avidement gobé par nos bouches goulues. Sur le bord de l'assiette les fleurs de peau à quatre pétales comptabilisaient notre gourmandise.
Des violettes, des bleues, des vertes, des cuivrées dénommées blanches, le goût des figues était héréditaire et chaque génération avait planté ses arbres cherchant toujours les meilleurs et les plus rares
Pour le bonheur des générations suivantes.
Parfois coupées en deux et rôties elles accompagnaient le poulet.
Mais le délice des délices restera toujours pour moi l'art de la figue confite et par déclinaison sa mise en confiture.
Ce bonheur qu'il y avait à choisir avec ma grand mère les plus beaux spécimens, les plus charnus, les plus juteux, les plus harmonieux. Ce soin amoureux que nous mettions à laver des citrons biens mûrs, à les essuyer, à en lever le zeste pour le détailler en fines allumettes qui viendraient deux par deux se piquer en croix au coeur des figues.
Ensuite délicatement déposées sur le fond d'une large casserole, elles cuiraient lentement dans un filet de jus de citron et un sirop de sucre.
Le reste de la cueillette détaillé en morceaux partait dans la bassine à confiture avec le reste des bâtonnets de citron et le surplus de leur jus.
Régal que d'avoir dans son assiette à dessert une figue confite encore tiède,presque translucide et nappée de sirop.
Merveille que d'étaler le matin sur sa tartine de pain frais une cuillerée de confiture où un filament de citron confit se perd dans un quartier de figue encore bien formé que l'on a voluptueusement écrasé sur la mie.
Instants de pur bonheur.