A voté a dit la dame en appuyant sur la manette qui ouvre la bouche de la boite carrée en plastique transparent. Ma petite enveloppe bleue a rejoint ses soeurs, je l'ai regardée chuter pendant que le monsieur cherchait mon nom sur la liste et j'ai signé dans la case prévue. Il y aura peu de surprise au dépouillement ai-je pensé, elles seront soit vides, soit raturées, soit garnies du seul bulletin disponible.
Candidat de la dernière heure, notre nouveau maire s'est donné pour objectif de ramener la paix au village, sous la bannière d'un art de bien vivre ensemble.
Je l'avoue, dois-je avoir honte, je n'avais pas suivi les joutes politiques locales qui avaient abouties à la défection de notre pécédente élue. Je partage sur ce point l'avis de Pierre Rabhi." Moi la politique ça me fait penser à la maternelle ... mais sans l'innocence. C'est le degré zéro de l'évolution."
Le vent d'autan ne soufflait que sur le midi, fût-il élargi. Violent, méchant, furieux, tempétueux. Si hargneux qu'il en a, dans la nuit de Samedi à Dimanche, déraciné plusieurs arbres majestueux. Tombés sur la route, entraînant dans leur chute poteaux électriques et téléphoniques. Notre hameau est isolé. Il fallait pour aller voter, le courage de faire un joli détour dans la campagne.
Ce n'est pas la tiède haleine crachée par l'Autan qui a soufflé sur les urnes, ni les bucoliques déviations qui ont arrêté les électeurs.
Taux d'abstentions record, Marée bleue. La médiocrité de notre gouvernement a eu raison des espérances.
Mais n'a-t-on pas les hommes politiques que l'on mérite ? Sommes nous individuellement prêts à devenir acteurs du changement que nous souhaitons? Nous engageons nous chacun à être à l'image de ce à quoi nous aspirons?
Tant que nous nous contenterons de changer les quilles du jeu, sans nous changer nous même, aucun de nos rêves, aucun de nos espoirs, aucun de nos désirs ne prendra corps.
La révolution commence au coeur de nos maisons, dans nos choix quotidiens, nos gestes, nos paroles, nos actes les plus simples.
Alors seulement, peu à peu, l'echo de nous même nous reviendra enfin tel que nous l'avions rêvé. Et le monde que nous regarderons au dehors ne nous fera pas rougir d'être qui nous avons choisi de devenir.