Ce que le vent murmure

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Entries pour Mot-clé "Mots"

Fil des billets - Fil des commentaires

Le chemin des mots

samedi 14 février 2015, par Maï Phan-van

Il y a un temps pour le silence, un temps pour les images et un temps pour les mots.
Il y a un temps pour les tisser ensemble. De même que la lumière ne peut se passer d'ombre pour se donner à voir, le vide ne peut se passer des images, ni le silence des mots.
Un temps pour les laisser s'entremeler à leur guise, laisser l'intelligence de ce qui fait la vie nous toucher tout entier et puiser on ne sait où des images et des sons pour les mêler au silence dans une danse neuve.
Me revient en mémoire un conte de Jacques Salomé. Le chemin des mots. Mots cueillis comme des cailloux blancs, dont le chapelet donnera à la main qui les a ramassés la jolie devise : "Ose ta vie, personne ne la vivra pour toi"
C'est le mystère des images et des mots. Ils ne sont là que pour donner à percevoir l'insaisissable. Que saurait-on du silence sans la musique des mots, que saurait-on de l'infini sans la peau qui le révèle, sans la forme et la couleur des images.
Que saurait-on de la lumière sans l'ombre qui la révèle.
Ce qui importe est là. Dans l'invisible, l'impalpable. L'indéfinssable.
L'épice subtile de la vie .

" Ce n'est pas la rigueur qui te conduira où tu veux aller, ce n'est pas l'ascèse, ni la souffrance, ni ce que tu crois avoir compris. C'est l'épice. Le parfum de la force aimante (...) . Le sentir seul peut approcher l'épice. Sers-toi de tes yeux, de tes oreilles, de ton goût, de ton odorat, de tes mains. Respire, respire, et laisse-la entrer. "

(Henri Gougaud, Les sept plumes de l'aigle)

Jour de Pâques

dimanche 20 avril 2014, par Maï Phan-van

Il est plein de surprises le vent.
Le vent qui passe, insouciant et frivole.
Il n'a ni état d'âme ni souci, ni intention ni malice, il est, le vent, il est juste lui même.
En ce matin de Pâques, il porte sous ses ailes un voile d'eau un peu blanc, un peu gris, un peu froid, un peu triste. Baiser mouillé sur les lilas, les premières roses et les iris du jardin qui frissonne d'être douché de froid, au réveil, après s'être si joyeusement déplié, défroissé et paresseusement étiré au soleil insolent des premiers jours d'avril.
Et je frissonne aussi. Qu'y- a-til au fond de cette eau grise, résonnant aux cloches de Pâques d'une mélancolie... salie?
J'ai cueilli du lilas blanc, des iris bleus, des marguerites et les premiers bleuets des champs. Composé un bouquet rond. Il sourit, posé sur l'antique évier de grès brun de la cuisine. Il sèche, là, paisible et frais, parfumé, doux comme un baiser d'enfant sur la vielle pierre usée, à la retraite.
Ne pas s'accrocher aux pensées, ne pas les retenir, ne pas les suivre, les laisser passer, comme le vent...
Au coin du feu rallumé, Pâques réveille mes souvenirs d'enfance, le vent coquin s'en fait l'écho.

Le téléphone aussi.

Vent maudit, vent qui rit. Vent d'eau et de pluie fine sur les verts du jardin.

Taquin, mutin, vilain. M'aideras-tu le vent? Puisque tu me taquines, et me cherches, et insistes, porteras-tu les mots sur ton dos?

Vas, vas, le vent, vas-t-en cueillir les mots, sur les épaules des collines, et les flancs des montagnes, sur les mers, les océans, les déserts et les forêts, les îles et les continents, et me les rapporte un soir d'été brûlant, une nuit d'hiver blanc, un matin de printemps, et même n'importe quand.
Vas, c'est bon, je t'attends maintenant. Nous avons rendez-vous, nous le savons tous deux, pour que des doigts je tisse encore l'histoire, pour que du fil de l'indicible je tricote et file enfin le sens qui ouvre les prisons et dessine un horizon.