Il est plein de surprises le vent.
Le vent qui passe, insouciant et frivole.
Il n'a ni état d'âme ni souci, ni intention ni malice, il est, le vent, il est juste lui même.
En ce matin de Pâques, il porte sous ses ailes un voile d'eau un peu blanc, un peu gris, un peu froid, un peu triste. Baiser mouillé sur les lilas, les premières roses et les iris du jardin qui frissonne d'être douché de froid, au réveil, après s'être si joyeusement déplié, défroissé et paresseusement étiré au soleil insolent des premiers jours d'avril.
Et je frissonne aussi. Qu'y- a-til au fond de cette eau grise, résonnant aux cloches de Pâques d'une mélancolie... salie?
J'ai cueilli du lilas blanc, des iris bleus, des marguerites et les premiers bleuets des champs. Composé un bouquet rond. Il sourit, posé sur l'antique évier de grès brun de la cuisine. Il sèche, là, paisible et frais, parfumé, doux comme un baiser d'enfant sur la vielle pierre usée, à la retraite.
Ne pas s'accrocher aux pensées, ne pas les retenir, ne pas les suivre, les laisser passer, comme le vent...
Au coin du feu rallumé, Pâques réveille mes souvenirs d'enfance, le vent coquin s'en fait l'écho.

Le téléphone aussi.

Vent maudit, vent qui rit. Vent d'eau et de pluie fine sur les verts du jardin.

Taquin, mutin, vilain. M'aideras-tu le vent? Puisque tu me taquines, et me cherches, et insistes, porteras-tu les mots sur ton dos?

Vas, vas, le vent, vas-t-en cueillir les mots, sur les épaules des collines, et les flancs des montagnes, sur les mers, les océans, les déserts et les forêts, les îles et les continents, et me les rapporte un soir d'été brûlant, une nuit d'hiver blanc, un matin de printemps, et même n'importe quand.
Vas, c'est bon, je t'attends maintenant. Nous avons rendez-vous, nous le savons tous deux, pour que des doigts je tisse encore l'histoire, pour que du fil de l'indicible je tricote et file enfin le sens qui ouvre les prisons et dessine un horizon.