Parturiente. J'accouche. Mes mains gluantes de gesso, de gel, de liant acrylique, les pigments rouges séchés sous les ongles...je retrouve dans la trop forte chaleur de l'atelier, la sensation fébrile à jamais gravée en mon corps des mains saisissant par instinct les petits êtres chauds vivants et fragiles glissant entre mes cuisses mouillées d'eau et de sang.
Aujourd'hui mes mains glissent dans la pâte tiède, elles ont un incommensurable besoin de retrouver le gluant chaud et doux de la naissance.
Ma mémoire est en branle.
Tout s'ébranle.

Un immense chantier, de vie, de coeur, de pensées, d'âme , d'être, bouleverse tous mes repères. Le gluant tiède de la peinture m'apaise. Il me protège, il me fait mère d'une autre moi. Il me fait vivante. Eternelle. Il est raison d'être.

J'ai laissé le sang. Aujourdh'ui je me berce d'indigo. Je me gorge du violet et de l'indigo des sauges de la prairie .Il y a du rouge dans l'indigo...
sauges pour prairial

Je l'appelle "Prairial' en souvenir de mes premiers émois artistiques, les ombelles de Dom Robert à Encalcat, ombelles de laine délicatement tissées dans la toile. Le champ de l'infini à jamais brodé dans ma mémoire.