La douleur Douleur. Huile sur toile; 60x80. Juin 2017. Mai Phan Van.

Vous êtes là devant la page vierge, devant l'écran blanc, les doigts hésitants sur le clavier, ne sachant commencer.
Vous êtes en suspend. Combien de fois, depuis combien de temps, déjà, vous avez éprouvé ce désir brûlant de dire ce qui vous est arrivé. Cette chose là. Vous êtes venu là avec cette intention "Je vais vous dire ce qui m'est arrivé"
Comment dire, quels mots trouver. Vous les cherchez mais ils ne sortent pas les mots. Ils vous vient des bribes de phrases, simples, crues, choquantes trop compliquées, vous les jugez mal adaptées, ce ne sont pas ces mots que vous voudriez, ceux là vous les refusez vous en voudriez d'autres, plus délicats plus fins plus justes; Et non ce sont ces paroles là qui émergent, éclatent comme des bulles malodorantes, Des boules puantes.
Violentes.
Les mots qui disent cela sont violents. Plus violents encore vous semble-t-il que ce qui vous est arrivé. Le recul, le temps qui a donné la distance qui vous a détaché du feu de l'action... et maintenant lorsque vous regardez en arrière, lorsque les images reviennent, confuses parfois, tellement précises dans les détails d'autres fois,le défilé des images,les arrêts sur images, les images, quand elles sont là trop crues, les mots pour nommer cela sont soudain indécents.
Cela vous est arrivé pourtant.
Cela arrive dans la vie des femmes. Dans celle des hommes aussi quelques fois.
Quand cela vous arrive vous êtes dans la scène qui se joue, vous vivez la chose, vous n'avez pas le temps de penser, de vous dire cela est en train de m'arriver.
Cela vous arrive c'est tout;
La violence est dans les mots maintenant.
Sans doute vous semblent-ils violents les mots parce qu'il vous faut considérer que ce qui vous est arrivé était violent.
Et cela vous est difficile d'accepter cela. De vous considérer comme cela.