"Les gens heureux n'ont pas d'histoire" glosait ce matin sur notre radio nationale, un cinéaste invité à philosopher sur son art et son inspiration.
Pauvre homme, qui se croyant génial, moderne et créatif n'alimentait là qu'un vieux stéréotype fatigué.
Dommage que sévisse encore trop souvent dans nos médias cette intelligentsia amère et usée qui fit son lit, son beurre et sa gloire dans l'apologie masochiste du mal-être, de la névrose et de la souffrance.
On en a marre d'ausculter vainement nos ratures ordinaires, d'étaler nos désespoirs et nos troubles. On s'est lassé de cette complaisance éculée et stérile. On ne se culpabilise plus d'afficher de bons sentiments.
Une grande soif est née de n'être pas assez baignés de joie, de simplicité et de paix. On a envie de contempler du beau, du bon, du vrai. On a envie de vibrer d'amour, d'amitié, de respect, de dignité, de loyauté.
Ne redécouvre-t-on pas avec passion "en terre inconnue" des humains heureux, des hommes et des femmes qui font honneur à la terre et nous rendent meilleurs par le simple fait d'être ce qu'ils sont?
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Rendez...)

"Les gens heureux n'ont rien à raconter" affirmait cet homme convaincu que la douleur est plus esthétique que le bonheur, que le récit des tortures intimes est plus riche à exploiter cinématographiquement que le bonheur dont il laissait supposer qu'il générait une platitude désespérante d'ennui.
Pauvre homme.
Quoi que l'on dise ou que l'on fasse, au bout du compte on ne parle jamais des autres, du monde ou de la vie, on ne parle jamais que de soi-même. Seulement de soi-même. Cet homme démontrait piteusement sa misère, intellectuelle, sensorielle, affective...
J'ai éteint ma radio. Si bien que je ne sais même pas qui était cet inconnu si fortement attaché aux plaies suppurantes du monde et aux cloaques intimes. Je l'ai laissé s'auto satisfaire de son petit enfer personnel.

J'ai savouré mon petit déjeuner, mes tartines à la confiture de figues, en écoutant chanter les mésanges qui dévorent les boules de graisse et de graines que je leur offre sur le balcon, ça n'est pas intellectuel, c'est réel... et c'est joyeux. Il n'y a ni ennui ni lassitude à savouver la vie.
Les gens heureux ont des songes heureux.

On s'ennuie moins d'être heureux qu'on ne se lasse d'être malheureux.
On gagne plus à rayonner du bonheur que de l'amertume.

Le bonheur est créatif et joyeux. Il est communicatif et fertile. Les gens heureux ont tant d'histoires à vivre, à écrire, à conter, à inventer qu'ils n'ont pas le temps de philosopher longuement sur leur inspiration. Et c'est tant mieux.

Ils vivent c'est tout.
Car c'est cela vivre, être vivant c'est être heureux.
Un jour il faut se lancer, oser vivre, oser lâcher ses petites douleurs, laisser partir ses plaies, cesser de s'attacher au malheur. Cultiver la douceur, la tendresse, la gratitude. Ne reste dans nos vies que ce que nous y maintenons.

"Des songes heureux pour ensemencer les siècles...
Sachez que la Création ne nous appartient pas, mais que nous sommes ses enfants.
Gardez-vous de toute arrogance car les arbres et toutes les créatures sont également enfants de la Création.
Vivez avec légèreté sans jamais outrager l’eau, le souffle ou la lumière.
Et si vous prélevez de la vie pour votre vie, ayez de la gratitude.
Lorsque vous immolez un animal, sachez que c’est la vie qui se donne à la vie et que rien ne soit dilapidé de ce don.
Sachez établir la mesure de toute chose.
Ne faites point de bruit inutile, ne tuez pas sans nécessité ou par divertissement.
Sachez que les arbres et le vent se délectent de la mélodie qu’ensemble ils enfantent, et l’oiseau, porté par le souffle, est un messager du ciel autant que la terre.
Soyez très éveillés lorsque le soleil illumine vos sentiers et lorsque la nuit vous rassemble, ayez confiance en elle, car si vous n’avez ni haine ni ennemi, elle vous conduira sans dommage, sur ses pirogues de silence, jusqu’aux rives de l’aurore.
Que le temps et l’âge ne vous accablent pas, car ils vous préparent à d’autres naissances, et dans vos jours amoindris, si votre vie fut juste, il naîtra de nouveaux songes heureux, pour ensemencer les siècles."

Pierre Rabhi, Extrait du Recours à la Terre, Terre du ciel, 1995

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