Après l'hiver vient toujours le printemps.
Après ces jours de replis durant lesquels chacun avait fait le dos rond, songeant à sa propre survie, on remit le nez dehors. Dans les deux maisons de l'avenue, on respirait mieux, mais les habitudes laborieuses avaient imprimé leur rythme, Jeanne et Mathilde en veuves désargentées géraient au plus près le budget. Les soins médicaux d'Adèle avaient asséché les dernières splendeurs de Charles et Hortense. Ils avaient dû apprivoiser la sobriété, ils la gardèrent.
La guerre avait aplani les différences, la bourgeoisie se faisait discrète et sobre. Elle pansait ses plaies.
Dans les ventres des maisons où le labeur des femmes avaient entretenu chaleur et sécurité, à l'abri des tourments les enfants de Marianne et Mathide avaient grandis. Adèle allait bientôt entrer dans l'adolescence, Denise et ses deux cousins en sortaient. La liberté s'offrait à leurs bras qui s'ouvraient grands sur le monde, à leur soif et à leur appétit de jeunes adultes.
Ils allaient enfin croquer la vie.