Dans les derniers jours de l'été qui sentent déjà l'automne, prise dans les agitations de la reprise des activités quotidiennes, c'est une grosse crise de procrastination qui est venue s'emparer de moi.
Quitter mon hameau de montagne et la vie sobre qu'on y mène pour retrouver le brouhaha de la ville, ses bousculades, ses embouteillages, ses hypermarchés...
Même si j'y prolonge le choix d'une modération heureuse, me voilà happée par le retour rugueux de l'ordinaire.
A l'instar de ce petit conte moderne dont tous les coachs en développement personnel sont friands, et que l'on divulgue en ce moment un peu partout, du supplément fémina du quotidien local au mini bulletin de mon supermarché, je m'applique à choisir mes gros cailloux.
Vous savez, poser en premier ses plus gros cailloux pour remplir le bocal, avant d'y placer les moyens, puis les petits, puis le gravier, puis le sable...par souci d'efficacité, pour que TOUT rentre dans le bocal
Mais voilà, que je ne sais plus quels sont mes gros cailloux.
Entre le remplissage du frigidaire, les lessives et le repassage, la chasse aux araignées qui ont pris leurs aises, tous les projets frappent au carreau. Voilà le champ de l'infini qui s'ouvre devant la porte, et les désirs par milliers souriants comme des fleurs à cueillir par brassées entières. Et je n'ai que mes deux bras...
Comment faire entrer dans le concret tout ce que j'ai reçu, élaboré, mûri, engrangé, éprouvé, de ce temps passé à l'abri des grouillements citadins? Par quoi commencer? Par quel bout dévider le fil? Quelle forme choisir?

Procrastination. Je remets tout à demain, à après demain, à la semaine prochaine, ...à l'année prochaine,...à ma prochaine vie...
Procrastination. Je tourne en rond dans la maison comme une malheureuse. J'erre indécise et sans énergie.
Hésitations. Sentiment d'inutile. Mélancolie.

Je regarde les hirondelles se regroupant en escadrons sur les fils. Minuscules, fragiles, coiffées de leur masque rouge elles tendent à tour de rôle une aile puis l'autre. Exercice de préparation au long voyage migratoire qui approche. Elles se foutent des cailloux, elles s'en moquent royalement, des gros autant que des petits. Elles suivent leur instinct. Leurs petites têtes noires dodelinent dans le vent. Doucement.
Le voilà qui me retrouve, le vent, le vent d'ici, et qui murmure à mon coeur un instant égaré, tout importe à l'Univers, sans distinction d'ordre ni de classe ni de valeur. Peu importe ce que tu introduis dans la vie, sable ou rocher, peu importe la quantité que tu peux donner, seule compte la qualité de joie que tu y déposes .
Alors j'ai pris ces quelques grains de sable,et dans le tourbillon de la rentrée je les ai lancés ici, joyeusement, ils ont tracé ces quelques mots dans le vent de la toile.