Une jolie lettre m'est venue du canada. Un cousin que je ne connais que de nom. Un peu plus aujourd'hui à le lire.

De notre immense famille dispersée aux quatre coins du monde qui n'a plus en commun qu'un vague souvenir de notre souche originelle, émerge doucement le désir de mettre au jour les invisibles fils qui nous y relient. Un nom, un sang, un adn nous relient, magnifique pied de nez au destin,à la guerre, à la bétise humaine, aux milliers de kilomètres, aux langues et aux coutumes.

Avant l'été, ce fut la rencontre d'un "enfant de Noyant d'Allier," appelé ici " le petit Vietnam" lors d'une dédicace. A Noyant d'Allier, ancienne citée minière désaffectée furent rapatriées après la défaite de Dien Bien Phu en 1954 les familles franco vietnamiennes, les épouses et les enfants ayant suivis leurs maris et leurs pères de retour en france métropolitaine., Déracinés victimes d'une colonisation irresponsable. Philippe Rostan en a réalisé un très beau film. http://fr.wikipedia.org/wiki/Philip...

Deuxième et troisième génération , enfants et petits enfants de l'exil, passé l'acharnement à s'intégrer, à se replanter, à s'incorporer, passée la douleur des parents, abordent maintenant les rivages de la connaissance de soi, nécessité vitale de sonder ses racines pour continuer de croître. L'intégration même pleinement réussie, n'enlève rien à la quête.

Nous avons tous plus ou moins consciemment reçu en héritage la perte de repère, la douleur et l'arrachement de nos parents, de nos grands parents, l'éclatement des familles et le déchirement, la nécessité de reconstruire une identité.

Le silence a fait loi, a-t-on jamais vu un vietnamien gémir, se plaindre, se laisser sombrer dans l'amertume et le ressentiment. Sa fierté et sa dignité c'est d'assumer en silence.

Parce que nous voilà métissés d'une autre culture, par le sang, par la terre, par le bain culturel , le besoin de savoir, de dire, de raconter, de transmettre cet héritage si particulier se fait jour. Les mêmes invisibles fils qui me relient à mes cousins lointains font de tous les membres de cette diaspora mes frères et soeurs de coeur. Un profond sentiment d'appartenance nous lie.

L'individuel, le personnel lorsqu'il est juste et sincère rejoint toujours l'universel. Chaque fois qu'un être ose parler à la première personne de sa douleur secrète, de son propre parcours pour la dépasser et cheminer vers la lumière, c'est à chaque humain qu'il parle, c'est de chacun qu'il parle, c'est à chacun qu'il prête ses mots,

"Les fruits du jaquier" c'est aussi un peu de cette parole là.